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RE: [rue] Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant


Chronologique Discussions 
  • From: "CDL" < >
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  • Subject: RE: [rue] Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant
  • Date: Sat, 1 Jul 2017 18:20:38 +0200

Re Bonjour,

Mon propos n’était pas de faire un classement entre les « gentils » cies et les « méchants » programmateurs.

J’ai bien conscience de leurs problématiques pour dialoguer irrégulièrement avec les personnes que j’ai au téléphone(programmateurs et autres responsables) et avec qui tu peux discuter de leurs et de nos difficultés. On sait tous qu’ils reçoivent X propositions par jour et qu’ils ont une hiérarchie un peu « coincée » (c’est même souvent les élus) et qu’ils n’ont pas de temps et de budget pour venir te voir, mais alors on fait comment pour dialoguer, présenter son travail, et se faire programmer… ?

Je suis preneur pour toutes idées neuves

Bon WE

Phil

 

Tél. : +33(0)6.11.339.354 / +33(0)4.74.24.38.80
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De : [mailto: ] De la part de Franck Halimi
Envoyé : samedi 1 juillet 2017 16:52
Cc : Liste Rue
Objet : Re: [rue] Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant

 

Rere Franck de Bourgogne.

 

Oui, Philippe, tu as raison, la problématique du chargé de diff' est d'une grande complexité. A fortiori quand il est aussi le metteur en scène, l'administrateur et le chargé de prod'.

 

Et c'est bien pour cette raison que, en Bourgogne-Franche-Comté, depuis 1 an et demi, et à l'initiative du lab (structure régionale de médiation culturelle) et de quelques-unEs d'entre-nous, nous avons mis sur pied un groupe de chargés de diff' -qui s'appelle Collec'Diff'.

 

Ses premiers objectifs sont de :

     * sortir les chargés de diff' de leur isolement (parfois même au sein des compagnies avec lesquelles ils travaillent) ;

     * faire se rencontrer les professionnels, afin de croiser regards et intelligences (car on est toujours moins cons à plusieurs que tout seul) ;

     * mutualiser des moyens, de l'énergie et du temps ;

     * avoir une meilleure connaissance des programmateurs qu'ils tentent de plus en plus difficilement de contacter, afin d'avoir de meilleures relations avec eux.

 

C'est pour ces raisons que nous avons décidé de :

     * créer un fichier commun, actualisé par chacun des membres du Collec'Diff', avec un modus operandi adapté à nos modes de fonctionnement (même si c'est loin d'être simple) ;

     * organiser des rencontres entre chargés de diff' et programmateurs, afin d'avoir une meilleure connaissance les uns des autres.

 

Et c'est à l'occasion de la 1ère journée intitulée "Rencontre pour mieux communiquer" qui s'est déroulée le 22 septembre 2016 à la scène nationale L'ARC du Creusot (71) que nous avons pu mesurer que nos éventuels préjugés et a-priori sur les programmateurs pouvaient aussi être à côté de la plaque.

 

En effet, nous étions 10 chargés de diff' et 10 programmateurs (de structures de toutes tailles).

 

Et la journée avait été articulée de façon à ce que chacun puisse prendre la parole de façon équilibrée, avec 2 animateurs qui ont pu nous conduire sur des chemins que nous n'aurions pas songé à emprunter.

 

Aussi, quand tu entends un prog' te dire qu'il ne sait plus comment faire parce qu'il reçoit 800 courriels de propositions de spectacle par jour, tu commences à comprendre que toi, tout chargé de diff' que tu es, tu n'as pas les mêmes problématiques que lui.

 

Et quand un autre prog' te raconte les pressions qu'il subit de la part de sa hiérarchie municipale pour proposer des spectacles qui remplissent sa salle, tu saisis qu'il est en prise à d'autres soucis que les tiens.

 

Et ainsi de suite...

 

Voili les raisons pour lesquelles il me semble hors-de-propos d'avoir un raisonnement à l'emporte-pièce qui met les gentilles compagnies du bon côté et les méchants programmateurs du mauvais.

 

Bref, tout ça pour dire que nous souffrons d'un déficit de parole et d'échanges pour pouvoir nous comprendre au sein même de nos métiers et que nous avons tout intérêt à réinstaurer du débat partout où c'est possible...

 

Voili.

 

Ami calmant.

 

@+ Franck de B.

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Le 1 juillet 2017 à 13:05, CDL < " target="_blank"> > a écrit :

Bravo pour le constat de David, je pense qu’on marche sur la tête.

On peut faire le même constat avec les chargé de diff quand tu sais l’énergie qu’il faut déployer ne serait-ce que pour avoir un programmateur qui daigne te parler, lire ton mail et, oh plaisir suprême, répondre à ce même mail, alors que c’est le boulot du dit programmateur d’être à l’écoute des Cies et artistes.

Un artiste qui fait office de chargé de diff, administrateur …

 

Philippe BOSTVIRONNOIS

Tél. : +33(0)6.11.339.354 / +33(0)4.74.24.38.80
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De : " target="_blank"> [mailto: " target="_blank"> ] De la part de Contact Entre les nuages
Envoyé : samedi 1 juillet 2017 11:54
À : " target="_blank">
Objet : Re: [rue] Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant

 

Merci pour ce très beau texte qui décrit bien les problèmes auxquels nous sommes confrontés. En tant qu'artistes ou directeur/rice artistique, on ne s'en sort pas de tout l'administratif sans l'aide d'une personne dont c'est le métier. On s'épuise, on passe à côté des subventions, on se meurt à petit feu. Mais n'est-ce pas une certaine volonté politique ? Combien de compagnies ont arrêté de faire des demandes de subvention sachant le temps et l'énergie demandés qui les éloignent de leur mission ?

Je suis partante pour une mobilisation sur le sujet.

Mariss,
Directrice artistique de la Cie Entre les nuages.

Le 01/07/2017 à 01:09, Administration a écrit :

J'écris ceci en tant qu'administrateur de production oeuvrant dans le spectacle vivant depuis une dizaine d'année. Issu de la vague des formations professionnalisantes des années 2000, je me réjouis d'avoir pu trouver autant de travail à si peu de frais, tant l'administration est devenu une contrainte et une nécessité si absolue dans nos compagnies, nos structures, nos lieux, notre sens.

J'écris ceci suite à une rencontre de présentation de l'association Lapas (réseau des professionnels de l'administration du spectacle) aujourd'hui à Montpellier qui veut favoriser et mettre en avant cette profession, et créant pour nous, exerçant ce métier, un espace d'échanges et de rencontres pour mieux l'exercer. Association que je compte rejoindre, pour mieux éviter encore le renforcement du pouvoir administratif dans notre secteur artistique.

Et parce qu'aujourd'hui, à la veille de l'application du protocole d'accord sur l'assurance chômage 2017, premier pas vers nos futurs drames, il me semble important de prendre la parole.

 

Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant ?

Parce qu'ils ne sont que la résultante de cette logique comptable qui nous domine et préside à nos projets, à notre travail. Parce qu'ils ne sont devenus à force d'expertise et de nécessité qu'une contrainte à la réalisation de l'acte artistique, une obligation dans le processus qui freine, restreint, et contraint l'artiste et le propos. Parce que la lecture comptable est devenue la seule variable prise en compte dans les relations avec les institutions, avec les partenaires, et qu'ils sont devenus les garants du respect de cette contrainte.

Parce qu'ils sont devenus la caution des institutions en anticipant de part leur métier les demandes administratives de plus en plus aberrantes de celles ci et en forçant les compagnies a se plier à ce moule, à tordre le projet pour rentrer dans les cases des lignes budgétaires et déformer sous le couvert de leur accompagnement l'acte et le propos artistique de l'artiste pour lui permettre d'accéder à la reconnaissance financière de leurs homologues institutionnels bien fort aises de leur position de pourvoyeurs de financements. Ils sont devenus caution en étant la preuve de la structuration obligatoire et demandée de nos compagnies, devenus non crédibles sans ces postes si désirés par nos financeurs.

Parce qu'ils se font complices, par la recherche de l'application pure et simple du règlement, de la loi, sans recul, sans compréhension du rapport à l'autorité, sans remise en question de celle ci, de la destruction petit à petit de toutes ces petites structures perdues et désolées face à la purge qui s'opère en se moment dans notre secteur des suites des « simplifications » administratives, des états d'urgence, des restrictions, des demandes grandissantes de « résultats » après projets. Complices aussi en formatant de l’intérieur des créateurs libres et jugés trop « grandes gueules » pour plaire, et remplir les cases...

Parce que pour beaucoup, ils ont oublié qu'avant d'être les garants du règlement, ils étaient les traducteurs de l'acte artistique en parlé administratif pour qu'une fois le contact et l'échange humain fait, alors se déroulait de manière formelle l'échange de papiers. Et non avant la réalisation du projet. Ils ont oublié que le parlé administratif ne devait être la résultante que de la décision politique et non sa condition sine qua none. Ils ont oublié qu'ils étaient là aussi pour remettre en cause les arguments spécieux, faciles, de formes, qui servent de prétexte a autant de décision fatales à bons nombres de compagnies, de projets, de festivals.

Ils ont de part leur position d'experts dans les structures oeuvré malgré eux à faire des directeurs artistiques, des porteurs de projets, des rêveurs, des créateurs, des poètes, des auteurs, des artistes, des chefs d'entreprises.

Passant le plus clair de leur temps à gérer des papiers, des dossiers, des budgets, plutôt que de se consacrer à leur réalisation artistique.

Combien de directeurs artistiques se sont faits des crises de nerfs face à des papiers qu'ils ne comprenaient pas ? Mais ont plus eu peur et obéis que pu les déchiffrer et s'apercevoir de leur non sens ?

Parce qu'ils portent au sein même des compagnies ces logiques comptables pour les appliquer dans nos structures, et ne portent pas le fer dans les institutions pour contrer cette logique. Les administrateurs sont devenus malgré eux les chiens de garde du système en forçant les compagnies à jouer ce jeu de l'intérieur. Et non en combattant ces logiques en mettant justement leur expertise face aux comptables des institutions.

 

Pourquoi il faut supprimer les administrateurs de spectacle vivant ?

Pour forcer les institutions, les partenaires, a revenir parler avec les artistes de projets et d'art, de culture, de peuple, des gens, des personnes. Et non plus de publics quantifiables. Non plus d'indicateurs de retombées. De résultats comptables.

Il faut supprimer les administrateurs pour supprimer les indicateurs chiffrés en créant la pénurie. En créant l'obligation pour ces techniciens de la culture d'état d'aller sur le terrain pour savoir ce qui a été fait de l'argent public.

20 ans que nous sommes gavés à l'obligation de quantifier nos résultats, obligation qui a favorisé l'émergence de ce métier nécessaire à cette quantification, rendant obsolète l'expertise de personnes de terrain, de regards humains.

Il faut supprimer ce métier pour rendre leur dossier de demandes de subventions qui nécessitent tant d'heures de travail inutile, inutiles justement. Comment expliquer que pour obtenir 1000 euros de subvention, il faille en dépenser 500 en temps de travail d'un administrateur pour remplir le dossier ? Et 500 autres encore pour remplir les dossiers de bilans ? Et tout ça pour produire des tableaux qui ne seront compréhensibles que par d'autres administrateurs ? Qui ne serviront à aucune réelle analyse de la portée de nos actions ? Ne refléteront rien de la réalité de l'impact de nos travaux et de nos créations sur les territoires que nos compagnies traversent à longueur d'année ? Dont ne resteront que des notes de bas de page dans des dossiers couverts de poussières dans des étagères trop étroites remplies de notes administratives dans les archives de nos tutelles ?

Il faut supprimer les administrateurs du spectacle vivant pour arrêter de penser avant la création aux coûts, aux lois, aux contraintes à venir et redonner de l'air aux créations qui deviennent toujours plus petites, plus légères, plus faibles.

Il faut supprimer les administrateurs du spectacle vivant pour soulager le fardeau des créateurs de compagnies de cette omniprésente charge de travail, de ce stress du couperet administratif, de cette gabegie d'énergie insensée que les directeurs et directrices de compagnies subissent avant même de faire leur premier cachet.

Il faut supprimer les administrateurs du spectacle vivant pour arrêter de faire peur aux nouveaux créateurs et aux jeunes, prochaine génération, futures vieilles gueules de nos secteurs artistiques.

Il faut supprimer les administrateurs du spectacle vivant pour que la décision politique soit faite sur des choix politiques et non plus sur des analyses comptables.

Il faut supprimer les administrateurs pour revenir à des gens qui portent avec les artistes des projets et sont justes là pour les exprimer dans les rares papiers de formes demandés.

Il faut supprimer les administrateurs pour revenir aux simples nécessités d'un secrétariat comptable limité.

Il faut supprimer les administrateurs pour qu'on ne parle plus jamais de cadre, de loi, de contrainte budgétaire, d'obligation administrative mais avant tout de la raison d'être de notre action.

Il faut supprimer mon métier, car je ne peux pour l'exercer que voir mourir tous ceux qui ne peuvent me payer, moi ou mes collègues administrateurs et administratrices, mourant de leur incapacité à répondre aux demandes administratives...

Et ça fait beaucoup trop de monde à mon goût.

 

Il est grand temps à mon sens que les administrateurs et administratrices du spectacle vivant se réveillent un peu et défendent, forts de leur regard et expertise, et de leur maîtrise des mots et des lois, nos structures et les artistes pour porter la bataille qui nous attend pour nos libertés dans l’espace public.

 

 

David Cherpin

Administrateur de production

Cie Albedo

Cie Cacahuete

Les Nuits du Chat

 

 



 
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