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Re: [rue] [Listenationale] Je ne me résigne toujours pas : encore des salves de mots


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  • Cc: rue < >, Jacques LIVCHINE < >
  • Subject: Re: [rue] [Listenationale] Je ne me résigne toujours pas : encore des salves de mots
  • Date: Tue, 25 May 2021 19:33:23 +0200
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merci Jacques 
comme toujours, vieux frère
on lâche rien
tous ensemble!!!
FRED



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06 16 67 68 78









Le 25 mai 2021 à 06:19, Jacques LIVCHINE via Listenationale < " class=""> > a écrit :

Il y en a qui décryptent la vie et le monde à travers la Bible, ou le Coran,  moi, j’ai des phrases qui me remontent du fond de ma réserve, ce sont des bribes de poèmes appris tout le long de ma vie.

 Ce matin à 5 H 40, Henri Michaux me parle : « dans le noir nous verrons clair mes frères, dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite ».

 Nous sortons de ce grand voyage immobile  un peu éberlués comme les spéléologues qui s’enferment six semaines  au fond d’un gouffre   pour éprouver la sensation du temps, et la lumière nous fait peur.

 431 Jours,  environ 14 mois . Avec un petit entracte. Une toute petite peine de prison dorée pour les CSP+   ou  un séjour dans un monastère, broutilles. 

 19 mai 21, c’est reparti, la dictature du plaisir nous demande  de la rejoindre au plus vite : course aux terrasses, à la consommation enivrante

 Télérama nous présente la liste des sorties, sors sors , rattrape le temps perdu . Fonce mon gars, précipite toi dans les grands palais de la culture,  participe à la croissance, on va faire du 5,7 % , magnifique.

Et toi tu avais cru que le monde allait s’écrouler, large bévue.  A toi la vraie vie !

 Les chats de Facebook sont remplacés par des choppes de bière et du saucisson. On avait  fait des indigestions de chats et maintenant  les messages affluent : quel plaisir de vous retrouver de vous revoir, vous nous avez manqué  hurlent les directions des théâtres .

 Bizarrement l’envie de travailler écrase le droit à la paresse.

 « Extases cauchemar, sommeil dans un nid de flammes » .

  On se la joue  juin 1944, la grande libération. Tout du moins à  Paris.

 A Audincourt le parking du Mégarama est au  trois quart vide . Les vigiles avertissent : attention espace de deux sièges exigés . Salle 10, ADN , nous sommes cinq en tout. 78 sièges me séparent des voisins.

 Là dessus , un grand discours  de l’auteur- directeur du théâtre de la Colline.

 Il dit quoi ?  il dit qu’il faut admirer son savoir- écrire,  je n’ai même plus  envie de savoir  ce qu’il dit. Ce que j’ai envie qu’il dise,  il ne le dit pas, c’est pénible les grands intellectuels qui se noient dans leur amour du style.

On a besoin d’enthousiasme , d’élan,  d’euphorie que les grands théâtres nationaux s’ouvrent à la vie.

« Tous venez même les  petits enfants que je vous console, qu’on ouvre  pour vous son cœur , le coeur merveilleux ».

  Cher Stéphane  B .  de l ‘Odéon, allez, agora avant, agora après, forums, bals, accueil en musique,  levers de rideau, polémiques. Ne réponds pas par le sanitaire. L’occupation c’est ta chance.

Pas de chance, ils sont partis.

Plus de culture piedestalisée ou sacrée 

Soupes sur le parvis.  Petites pièces insolentes à même le pavé avant les spectacles.

Nuits blanches dans le théâtre. Il faut tout déstabiliser  

   «  Dans tout réclamez la vie »  Büchner

 En fait je ne décolère pas, je ne sais quel observatoire culturel a effacé  de ses statistiques , le public du théâtre de rue,

Parce que le drame qui se déroule sous mes yeux,  

 C’est ce que cache le mot public.

Et là aucune  statistique  ne nous raconte  le public.

Je suis cerné par des gens qui pour rien au monde ne mettraient les pieds  dans un théâtre,

Dans ma propre  famille, 

Le théâtre , lieu d’ennui , lieu pour vieux, lieu triste.

Ah,  me dit une cousine , nous sommes 4 dans la famille, 80 € la soirée, comment veux tu ? mais oui le théâtre de rue, gratos, ça on aime.

Ma sœur, ah, elle, 77 ans,  c’est une vraie cliente, ex professeur, elle était au lycée la Fontaine dans la classe de Catherine Deneuve,  elle oui,  elle court de théâtre en théâtre,  les parterres des théâtres publics sont grisonnants, mélangés avec du public captif, les élèves des lycées. 

  Je me souviens d’un soir au théâtre français,  je connaissais Bakari Sangaré, j’aurais  voulu lui parler, 23 H 30, non Monsieur,  disent les vigiles, sortez, on doit fermer.

Pas d’après- spectacle.   Pour moi la honte.  Le théâtre du Soleil nous a pourtant montré le chemin.

  Je relis Gémier, ancien directeur de l’Odéon  de 1922 à 1930,  fondateur du TNP :

« je me résigne malaisément à emprisonner l’art dramatique dans les salles closes,  je suis un peu chimérique, , mes perspectives débordent de toutes les murailles. Le vrai théâtre c’est la fête du peuple ».

 Je fais partie d’un collectif, la francomtoise de rue,  façon utopie de là bas : « pas de chef, nous sommes tous chefs ».

Nous organisons une  marche  en août 2021 de la maison de Copeau de Pernand Vergelesses, au théâtre du peuple de Bussang.  Deux énormes symboles.

Et pourtant, une enquête se prépare : « j’habite Bussang et je ne vais pas au théâtre du peuple ».  

C’est là l’enjeu.  Le théâtre pour qui ?  La lancinante question de Jean Vilar.

Brûlante actualité.

 

 Jacques Livchine 

Metteur en songes   

28608 jours de vie  sans métastase


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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