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Re: [rue] Chtou et le CNAR de Niort


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  • To: Franck Halimi < >, cacahuete < >
  • Cc: Chtou < >, " fede" < >
  • Subject: Re: [rue] Chtou et le CNAR de Niort
  • Date: Wed, 18 Mar 2015 14:50:05 +0100

Franck met le doigt dessus : c’est être à l’endroit où ça se passe…

J’ai une lecture décalée de cette absence de mobilisation, sans toutefois en avoir les réponses.
Je constate à quel point dans ce domaine « dire » ce n’est pas « faire », et surtout dans nos métiers qui s’articulent autour de la diffusion de messages et d’émotions.

Pour ce grand débarquement, par exemple, on a relayé au nom de la FAR ouest les informations de l’action de soutien initiée par La Cantine.
On a fortement relayé.

Nationalement, via 3 emails d’appel à soutien sur les listes Rue et FD Nationale et le Facebook.
Localement via notre réseau de communication et chacun des membres du CA autour de lui.

Vendredi dernier, date butoir pour La Cantine pour l’organisation de cette action, ils me demandent « alors combien êtes-vous ?».
« zéro » je répond. Car c’est le cas !
Pas une seule réponse au national, des intentions formulées mais aucune confirmation n’a suivi comme demandé sur l'appel, auprès de nous ou auprès de la FD nationale que j’ai contacté ce même jour.
Pas une seule réponse au niveau local, mis à part 3 artistes isolés de leur compagnie et 4 musiciens d’une fanfare Niortaise, et Qualité Street qui était présent au CNAR pour une résidence.

Depuis quelques jours, depuis lundi, du côté Niortais on découvre les messages ahuris du genre « bah c’est con on voulait en être »…
Je vous invite à prendre en considération qu’on a pas attendu pour agir depuis 1 an, et même depuis 3 ans…
Cela fait des mois et des mois que la FD et La Cantine et de nombreux Niortais se mobilisent pour sauver ce CNAR, en grande région, et si possible à Niort.

Ce qui est amusant de constater c’est qu’il y a plus de réponses lors de l’annonce de l’annulation que lors de l’annonce de l’événement.
Il est temps de se remettre en question chacun d’entre nous là-dessus non ?

Que peut faire d’autre La Cantine lorsqu’elle apprend 5 jours avant que les artistes ne répondent pas présents ?
Que peut faire d’autre la FAR ouest que relancer le réseau à 3 reprises ?
Deviner les intentions de chacun ?
Personne ne s’est exprimé. Il faut accepter ce fait, personne n’a pris le temps de formuler son intention de venir.

Mettons à part l’énorme déception, et posons-nous la seule question qui compte vraiment : pourquoi ?

Peut-être l’urgence qu’installe la précarité, ce tourbillon qui embrume l’esprit et qui ne fait penser qu’à une seule chose : "il faut que je m’en sorte"
Peut-être la lassitude des mobilisations, récurrentes et répétées, qu’elles soient collectives ou individuelles…
Il y a peut-être le fait que les CNAR ne servent qu’au 1er et 2ème cercle, quand 80% de la profession est constituée du 3ème…
Il y certainement aussi la considération qu’on y porte quand on constate la considération que l’on reçoit de leur part. Comportements et attitudes déplacés, stigmatisants et générateurs de frustrations. Tabou d’en parler ? Dommage, l’émotion n’est-elle pas notre métier ?

Localement, comment l’expliquer ?
Un fait indéniable : les compagnies locales sont très peu nombreuses à pouvoir se qualifier « d’utilisatrice » du CNAR.
Même celles qui ont eu un soutien ponctuel ou appuyé sur plusieurs années n’ont pas répondu présente… pourquoi ?
Quant aux autres, elles se sont débrouillées sans, et quand on leur explique que perdre le CNAR c’est perdre 500.000 € pour les Arts de la Rue en région, elles te répondent que elles n’en ont pas vu la couleur avant alors après ça ne fera pas de différence !

On m’a dit au téléphone hier que un jeune collectif qui veut monter un festival de Rue, et orienté naturellement vers son CNAR, s’est vu proposer en guise de soutien une pré-programmation avec des compagnies en résidences venant de l’extérieur… Alors qu’il cherchait un soutien financier et logistique.

Comment convaincre quand la prise de conscience de chacun se trouve à l’endroit et à l’instant où il se trouve ?

Et si on restaurait l’empathie ?




Salut, c'est Franck de Bourgogne.

Oui, Chtou et Pascal, vous êtes assez justes dans votre questionnement et dans votre analyse.

Vous mettez l'accent (à la fois aigu, grave et circonflexe) à un endroit où ça gratte fort.

Oui, chacunE lutte (pour ceux qui ont encore la lucidité, la force, l'envie et/ou le besoin de le faire) à l'endroit où il/elle se sent con-cernéE.

Il y en a pour qui c'est leur compagnie, d'autres pour qui c'est leur usine, d'autres pour qui c'est leur RSA, d'autres pour qui c'est leur carte de séjour et d'autres pour les Restos du Coeur ou une autre organisation humanitaire,... et je pourrais déployer ça à l'infini.

Pour ce qui me concerne, je lutte pour des droits sociaux élargis pour le plus grand nombre.

Pourquoi ?

Parce que ça me semble être l'endroit qui concerne le plus de gens, dans une proximité géographique où l'on peut avoir encore une chance d'être efficaces.

Pour la faire courte, nous nous battons depuis plus de 20 ans pour que cette précarité (que nous avons épousée en choisissant de faire de notre passion un métier) ne nous empêche pas être nous-mêmes, dans la plus grande liberté possible.

Et nous avons été des souris de laboratoire pour les apprentis-sorciers désireux de présider à nos destinées.

Ils ont observé combien les ressortissants des annexes 8 et 10 (oui, comme si nous étions les citoyens d'un pays qui s'appellerait "Spectacle vivant et audiovisuel") savaient se démerder dans le cadre d'une précarité "qui s'arrange de tout".

Alors, certes, ils ont bien cherché (et cherchent encore et toujours) à nous raboter des droits sociaux qui les empêchent d'améliorer le score de leur cholestérol...

Mais, ils ont surtout bien compris que l'humain était l'être le plus souple du règne animal qui soit, et qu'ils pourraient toujours plus le pressurer et le comprimer, sans qu'il leur saute réellement à la gueule.

Bref... aujourd'hui, tant que chacunE verra midi à sa porte, notre atomisation sera en grande partie responsable du succès de l'ultra-libéralisme à marche forcée.

C'est la raison pour laquelle, toutes les luttes sociales ayant les mêmes causes et les mêmes effets, il serait temps que le plus grand nombre se réunisse sur une plate-forme commune (si minime soit-elle) pour foutre sur la gueule des mauvais marionnettistes qui tirent les ficelles et décident de nos trajectoires.

Ensuite, il sera bien temps de séparer le bon grain de l'ivraie pour reconstruire autre chose...

Voili.

Ami calmant.

@+ Franck de B.
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Le 18 mars 2015 12:25, cacahuete < " target="_blank"> > a écrit :

C’est vrai Chtou c’est foutu comme on a perdu le TOTEM de Nancy à l’automne dernier et avec le festival Souterrain ou il y avait 10 fois plus de gens qui y travaillait sans la loi institutionnelle du bon vouloir du roi et du beau dossier et de la bonne chargée de diff/prod .
Comme on a perdu le Lieu Noir fin 2012 parce que j’ai refusé le joug de l’institution qui voulait m’imposer des méthodes de travail que je réprouvais.

Et qui est venu soutenir Didier à Nancy ou moi à Sete j’ai du recevoir 2 mails en tout et pour tout j’avais pourtant accueilli 118 résidences et 100 cies différentes en 7 saisons de Lieu Noir , Qualité street y est venu, tu t’en souviens ?
Tu dis ca parce que tu y es mais repense à tous ceux qui n’y viendront jamais parce que les dossiers ils s’en foutent, ils ne veulent pas les faire, ils refusent de lécher les culs .
Pourquoi défendre un lieu institutionnel qui a en principe les moyens de se défendre tout seul et pas les autres qui eux n’ont aucun moyen.

A ta réponse mon ami.

Pascal

Le 18 mars 2015 à 12:05, Gildas Puget < " target="_blank"> > a écrit :

Je me rappelle d’une fin de matinée d’une clarté ensoleillée, en plein coeur de l'été, au Carmel, à Chalon. 
Dans le petit jardinet en hauteur, nichée entre les pierres, se tenait une réunion de la Faiar.
Une pile de plaquettes à la main, je cherchais les boîtes, ces fameuses boîtes de pros.
Un petit rituel sympa, des bouquets de plaquettes plantées dans des vases en carton, j’aime bien, ça déborde, c’est désespéré, inutile, conquérant, bordélique.
La Faiar par contre, je trouvais ça louche. 
Encore un truc des vieux grigous, qui veulent photocopier leur rue façon eigthies… une formation pour diriger une compagnie?
Ils en ont fait, une formation pour diriger leur compagnie, les formateurs?
J’allais passer mon chemin mais parmi les auditeurs, il y avait Djamel, des acidus. Ha, tiens, un frère de rue... C’était ptet intéressant quand même. 
Je jetais une oreille.

Je n’ai pas eu le temps de rester, mais j’ai attrapé au vol des statistiques sur les compagnies de rue qui m’ont frappé.
Je n’en ai plus la teneur exacte, pour moi ça reste dans ce genre: 50 pour cent des compagnies disparaissent au bout de deux ans, 75 pour cent au bout de cinq ans. Je n’avais pas réalisé l’incroyable turn-over de notre milieu.
Il y a des centaines de créations de compagnies, des milliers de nouveaux artistes qui émergent tout le temps.
Mais tout le monde dégage, et rares, très rares sont ceux qui durent.
Notre milieu est un milieu de jeunesse, de passage.
Mais nos anciens, et nos âges mûrs, sont très peu nombreux.
La difficulté croissante de tenir l’intermittence n’arrange rien.

Qui va se mobiliser pour un Cnar?
Le circassien de 23 ans qui monte son premier spectacle avec ses potes, la danseuse de 21, en duo avec son amoureux?
Le musicien de passage dans une compagnie, le technicien embauché pour l’occaze, l’étudiant jouant pendant ses vacances à Aurillac?
Ils s’en foutent du Cnar, ils ne savent pas ce que c’est, ils se disent que c’est un truc de vieux, un centre névralgique pour apparatchiks du réseau.
Normal.

J’y suis, au Cnar de Niort.
En plein dedans, dans cet immense espace, tout seul, ce matin.
Je culpabilise un peu d’écrire ce message… j’ai tellement de choses à faire.
Mais le silence morne de ces listes, ça me pèse, il faut que je vous dise tout ça, pour passer à autre chose.
Quand je suis arrivé, il y avait réunion des Cnars.
Tous. Ils étaient tous là, vous savez, les pontes.
Morizur, Songy, Jacob, Papelard, Aubry, Garcia, de Beaufort... heu… il m’en manque, bon je ne les connais pas tous.
J’aurais eu dix ans de moins, j’y serais arrivé dans le même état d'esprit qu’au Carmel à l'époque, pour la Faiar.
Maintenant je les vois comme ils sont.

Des individus, des citoyens. Des personnalités, des rêveurs, comme nous tous. Des femmes et des hommes qui se battent pour faire exister des boutiques comme ces Usines Boinot.
On pourrait penser que ce sont de grands cargos, rien du tout, ce sont de petits paquebots, des budgets insignifiants face à nos scènes nationales.
En pleine tempête, eux aussi. 
C’est sidérant, qu’on ne soit pas tous à leur côté, à se mobiliser pour que ça existe. C’est quand même fait pour nous?
On dirait que tout le monde s’en fout.
Je crois que c’est le cas.

Je prépare le terrain, en attendant le reste de l’équipe.
Le dos en vrac, je boitille pour aller chercher mon café dans cette immense sale, la Volière, un fantastique outil de travail pour les compagnies, modulable, coloré, parsemé de sculptures métalliques, de photos de compagnies, d’affiches de festivals.
Des traces de nous.
L’accueil ici est humain, chaleureux, attentif.
On se bouge pour vous donner tout ce dont vous avez besoin pour créer.
Tout est possible, en plein centre-ville, vous avez un budget, de l’espace, le savoir-faire, l’intelligence.

Tout seul dans la grande Volière, ce matin, je vous jure les amis, je me dis, quand même, c’est con.
C’est con qu’on ne se bouge pas plus ensemble. Combien d’entre nous auraient encore pu profiter de ce lieu unique?
Ecrire ses histoires avec cet outil?

Tant pis pour nous, c’est foutu.

Ce lieu, on l’a perdu.




















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