Bravo pour le constat de David, je pense qu’on marche sur la
tête.
On peut faire le même constat avec les chargé de diff quand
tu sais l’énergie qu’il faut déployer ne serait-ce que pour avoir un
programmateur qui daigne te parler, lire ton mail et, oh plaisir suprême,
répondre à ce même mail, alors que c’est le boulot du dit programmateur d’être
à l’écoute des Cies et artistes.
Merci pour ce très beau texte qui décrit bien les problèmes auxquels nous
sommes confrontés. En tant qu'artistes ou directeur/rice artistique, on ne s'en
sort pas de tout l'administratif sans l'aide d'une personne dont c'est le
métier. On s'épuise, on passe à côté des subventions, on se meurt à petit feu.
Mais n'est-ce pas une certaine volonté politique ? Combien de compagnies ont
arrêté de faire des demandes de subvention sachant le temps et l'énergie
demandés qui les éloignent de leur mission ?
Je suis partante pour une mobilisation sur le sujet.
J'écris ceci en tant
qu'administrateur de production oeuvrant dans le spectacle vivant depuis une
dizaine d'année. Issu de la vague des formations professionnalisantes des
années 2000, je me réjouis d'avoir pu trouver autant de travail à si peu de
frais, tant l'administration est devenu une contrainte et une nécessité si
absolue dans nos compagnies, nos structures, nos lieux, notre sens.
J'écris ceci suite à une
rencontre de présentation de l'association Lapas (réseau des professionnels de
l'administration du spectacle) aujourd'hui à Montpellier qui veut favoriser et
mettre en avant cette profession, et créant pour nous, exerçant ce métier, un
espace d'échanges et de rencontres pour mieux l'exercer. Association que je
compte rejoindre, pour mieux éviter encore le renforcement du pouvoir
administratif dans notre secteur artistique.
Et parce qu'aujourd'hui, à
la veille de l'application du protocole d'accord sur l'assurance chômage 2017,
premier pas vers nos futurs drames, il me semble important de prendre la
parole.
Pourquoi il faut supprimer
les administrateurs de spectacle vivant ?
Parce qu'ils ne sont que la
résultante de cette logique comptable qui nous domine et préside à nos projets,
à notre travail. Parce qu'ils ne sont devenus à force d'expertise et de
nécessité qu'une contrainte à la réalisation de l'acte artistique, une
obligation dans le processus qui freine, restreint, et contraint l'artiste et
le propos. Parce que la lecture comptable est devenue la seule variable prise
en compte dans les relations avec les institutions, avec les partenaires, et
qu'ils sont devenus les garants du respect de cette contrainte.
Parce qu'ils sont devenus la
caution des institutions en anticipant de part leur métier les demandes
administratives de plus en plus aberrantes de celles ci et en forçant les
compagnies a se plier à ce moule, à tordre le projet pour rentrer dans les
cases des lignes budgétaires et déformer sous le couvert de leur accompagnement
l'acte et le propos artistique de l'artiste pour lui permettre d'accéder à la
reconnaissance financière de leurs homologues institutionnels bien fort aises
de leur position de pourvoyeurs de financements. Ils sont devenus caution en
étant la preuve de la structuration obligatoire et demandée de nos compagnies,
devenus non crédibles sans ces postes si désirés par nos financeurs.
Parce qu'ils se font
complices, par la recherche de l'application pure et simple du règlement, de la
loi, sans recul, sans compréhension du rapport à l'autorité, sans remise en
question de celle ci, de la destruction petit à petit de toutes ces petites
structures perdues et désolées face à la purge qui s'opère en se moment dans
notre secteur des suites des « simplifications » administratives, des
états d'urgence, des restrictions, des demandes grandissantes de
« résultats » après projets. Complices aussi en formatant de
l’intérieur des créateurs libres et jugés trop « grandes gueules »
pour plaire, et remplir les cases...
Parce que pour beaucoup, ils
ont oublié qu'avant d'être les garants du règlement, ils étaient les
traducteurs de l'acte artistique en parlé administratif pour qu'une fois le
contact et l'échange humain fait, alors se déroulait de manière formelle
l'échange de papiers. Et non avant la réalisation du projet. Ils ont oublié que
le parlé administratif ne devait être la résultante que de la décision
politique et non sa condition sine qua none. Ils ont oublié qu'ils étaient là
aussi pour remettre en cause les arguments spécieux, faciles, de formes, qui
servent de prétexte a autant de décision fatales à bons nombres de compagnies,
de projets, de festivals.
Ils ont de part leur
position d'experts dans les structures oeuvré malgré eux à faire des directeurs
artistiques, des porteurs de projets, des rêveurs, des créateurs, des poètes,
des auteurs, des artistes, des chefs d'entreprises.
Passant le plus clair de
leur temps à gérer des papiers, des dossiers, des budgets, plutôt que de se
consacrer à leur réalisation artistique.
Combien de directeurs artistiques
se sont faits des crises de nerfs face à des papiers qu'ils ne comprenaient
pas ? Mais ont plus eu peur et obéis que pu les déchiffrer et s'apercevoir
de leur non sens ?
Parce qu'ils portent au sein
même des compagnies ces logiques comptables pour les appliquer dans nos
structures, et ne portent pas le fer dans les institutions pour contrer cette
logique. Les administrateurs sont devenus malgré eux les chiens de garde du
système en forçant les compagnies à jouer ce jeu de l'intérieur. Et non en combattant
ces logiques en mettant justement leur expertise face aux comptables des
institutions.
Pourquoi il faut supprimer
les administrateurs de spectacle vivant ?
Pour forcer les
institutions, les partenaires, a revenir parler avec les artistes de projets et
d'art, de culture, de peuple, des gens, des personnes. Et non plus de publics
quantifiables. Non plus d'indicateurs de retombées. De résultats comptables.
Il faut supprimer les
administrateurs pour supprimer les indicateurs chiffrés en créant la pénurie.
En créant l'obligation pour ces techniciens de la culture d'état d'aller sur le
terrain pour savoir ce qui a été fait de l'argent public.
20 ans que nous sommes gavés
à l'obligation de quantifier nos résultats, obligation qui a favorisé
l'émergence de ce métier nécessaire à cette quantification, rendant obsolète
l'expertise de personnes de terrain, de regards humains.
Il faut supprimer ce métier
pour rendre leur dossier de demandes de subventions qui nécessitent tant
d'heures de travail inutile, inutiles justement. Comment expliquer que pour
obtenir 1000 euros de subvention, il faille en dépenser 500 en temps de travail
d'un administrateur pour remplir le dossier ? Et 500 autres encore pour
remplir les dossiers de bilans ? Et tout ça pour produire des tableaux qui
ne seront compréhensibles que par d'autres administrateurs ? Qui ne
serviront à aucune réelle analyse de la portée de nos actions ? Ne
refléteront rien de la réalité de l'impact de nos travaux et de nos créations
sur les territoires que nos compagnies traversent à longueur d'année ?
Dont ne resteront que des notes de bas de page dans des dossiers couverts de
poussières dans des étagères trop étroites remplies de notes administratives
dans les archives de nos tutelles ?
Il faut supprimer les administrateurs
du spectacle vivant pour arrêter de penser avant la création aux coûts, aux
lois, aux contraintes à venir et redonner de l'air aux créations qui deviennent
toujours plus petites, plus légères, plus faibles.
Il faut supprimer les
administrateurs du spectacle vivant pour soulager le fardeau des créateurs de
compagnies de cette omniprésente charge de travail, de ce stress du couperet
administratif, de cette gabegie d'énergie insensée que les directeurs et
directrices de compagnies subissent avant même de faire leur premier cachet.
Il faut supprimer les
administrateurs du spectacle vivant pour arrêter de faire peur aux nouveaux
créateurs et aux jeunes, prochaine génération, futures vieilles gueules de nos
secteurs artistiques.
Il faut supprimer les administrateurs
du spectacle vivant pour que la décision politique soit faite sur des choix
politiques et non plus sur des analyses comptables.
Il faut supprimer les
administrateurs pour revenir à des gens qui portent avec les artistes des
projets et sont justes là pour les exprimer dans les rares papiers de formes
demandés.
Il faut supprimer les
administrateurs pour revenir aux simples nécessités d'un secrétariat comptable
limité.
Il faut supprimer les
administrateurs pour qu'on ne parle plus jamais de cadre, de loi, de contrainte
budgétaire, d'obligation administrative mais avant tout de la raison d'être de
notre action.
Il faut supprimer mon
métier, car je ne peux pour l'exercer que voir mourir tous ceux qui ne peuvent
me payer, moi ou mes collègues administrateurs et administratrices, mourant de
leur incapacité à répondre aux demandes administratives...
Et ça fait beaucoup trop de
monde à mon goût.
Il est grand temps à mon sens que les administrateurs et
administratrices du spectacle vivant se réveillent un peu et défendent, forts
de leur regard et expertise, et de leur maîtrise des mots et des lois, nos
structures et les artistes pour porter la bataille qui nous attend pour nos
libertés dans l’espace public.
Administrateur de production
--
Pour gérer votre abonnement, c'est par ici : http://www.cliclarue.info/#tabs-7
Pour consulter les archives, c'est par là : http://listes.infini.fr/cliclarue.info/arc/rue
Et pour râler, c'est ici :